Fantastique Maître renard, Roald Dahl

DSCN8183Illustré par Quentin Blake, paru chez Gallimard Jeunesse, coll. Folio Cadet, 2006, 118 p.

L’histoire :
Trois fermiers répugnants et antipathiques se font chaque nuit dérober des biens comestibles de leur ferme par un renard. Ils piègent alors ce dernier dans son propre terrier pour  le faire sortir et le tuer. Pour sauver sa famille et tous les autres animaux, le renard fait preuve d’une imagination étonnante et d’une ruse à la hauteur de l’image de ces animaux.


Mon avis :
Fantastique Maitre Renard, c’est l’histoire d’un animal, emblème de la ruse, qui joue de ses talents pour se sortir de la situation difficile dans laquelle il s’est mise. Face à l’intolérance et à la férocité des fermiers, le renard met tout en œuvre pour sauver les siens. C’est grâce à des petits ruses (motiver ses renardeaux en ne leur disant pas où mènera le tunnel à creuser attise la curiosité de ces derniers et les encourage de plus belle à creuser) comme des plus grandes (comment faire pour ne pas se faire tuer ? – Je ne tiens pas à vous dévoiler la ruse qu’il a mis en place dans ce but, qui est tout l’objet du livre…) qu’il met à mal les trois fermiers. Au-delà de tout cela, je vois l’image de l’Homme qui affronte la Nature : les trois fermiers face à l’animal, un des plus rusés qu’il soit, et ce dernier, paraissant vulnérable dès que l’homme se munit d’armes et de plans d’éradications animales. Mais si on enlève le côté descriptif, puis la portée réflexive du livre, on reste étonné de la vivacité et de l’imagination du renard. On est donc conquis par l’histoire, tendre mais difficile (car oui ça arrive en vrai tout ça ! Sauf que cela ne finit pas aussi bien…) et on s’attache facilement au renard et à sa famille.

animauxCe livre que je n’avais jamais lu étant enfant, m’a fait pensé à la série TV que je regardais – et adorais – lorsque j’étais petite, Les animaux du bois de Quat’Sous. Le héros est aussi un renard : il souhaite sauver sa forêt, avec l’aide de tous les animaux qui y vivent. Il y a contrairement au livre de Roald Dahl, il y a dans cette série une dimension écologique très forte, puisque la forêt est détruite par l’homme dans le but de la bétonner. Lui et sa bande vont alors tout faire pour s’opposer à sa destruction.

En bref, une histoire à faire lire à tous les enfants. Ce livre est plein de ressources pédagogiques (animaux différents, grandes idées sur l’homme, la nature, etc.) et ludiques (histoire rigolote et puis, ce sont des animaux qui sont les héros !), et les illustrations de l’illustre (sanas mauvais jeu de mots !) Quentin Blake sont juste aussi adorables qu’elles en sont amusantes.


Quatrième de couverture :
« Dans la vallée, il y avait trois fermiers, éleveurs de volailles dodues… Le premier était gros et gourmand ; le deuxième était petit et vicieux ; le troisième était maigre et se nourrissait de cidre. Tous les trois étaient laids et méchants. Dans le bois qui surplombait la vallée vivaient Maître Renard, Dame Renard et leurs quatre renardeaux, affamés et malins… »

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Le loup qui découvrait le pays des contes, Oriane Lallemand et Éléonore Thuillier

DSCN8170 copieParu aux éditions Auzou en août 2014, 31 p.

L’histoire :
Loup, bien décidé à faire un bon gâteau aux pommes pour le Grand Goûter du Printemps, part dans la forêt à la recherche d’un peu d’aide pour faire son dessert.


Mon avis :
« À tous les petits cochons, les poulettes, les chevreaux et autres Chaperons qui ont encore peur du Loup… » écrit l’illustratrice Éléonore Thuillier. Et l’on voit bien toute la portée de ces albums Loup : essayer de faire voir aux enfants une autre image du loup, une image plus douce et moins effrayante, mais surtout plus proche d’eux. Loup aussi se sent parfois jugé à cause de l’idée reçue du « grand méchant loup », il a aussi envie de changer d’apparence parce qu’il ne se sent pas bien dans sa peau, tout comme il a encore peur du noir. Au final, c’est un Loup qui ressemble un peu à chacun des enfants qui liront, à qui on lira, cette histoire.
Dès qu’il rencontre un personnage de conte, il se retrouve face aux préjugés des autres qui croient qu’il va les dévorer ou leur faire du mal (pas tous heureusement). Mais Loup, veut juste un peu d’aide et les ingrédients nécessaire pour son gâteau.
Après de nombreuses rencontres et péripéties, il rentre chez lui avec l’aide de Blanche-Neige pour enfin cuisiner son gâteau, et s’attabler avec toute la forêt autour d’un grand goûter et fêter le printemps.

Aussi, j’ai adoré les petits clins d’œil de l’illustratrice : du chat botté qui passait par-là, du cœur gravé par Belle et Bête, de la note sur le frigo de Blanche-Neige à Pinocchio dans la marmite !
La recette de Tatie Rosette en fin d’album est plaisante aussi.
Dernier petit détail que j’ai apprécié, les petits personnages de l’album hauts en couleur sur la deuxième et troisième de couverture ainsi que la première et la dernière « page papier » (je manque de vocabulaire !) parmi les motifs Loup.

En bref, j’ai trouvé cet album très très intéressant, plus que le premier que j’avais lu (ici). Parce qu’il y a une double fonction de celui-ci : l’enfant découvre le pays des contes sous une autre approche, en même temps que Loup, avec bien sûr l’aspect éducatif et « moral » de l’album jeunesse. Mais aussi parce que la cuisine comme fil conducteur peut susciter bien des envies chez les tout-petits – et même chez les plus grands !


Quatrième de couverture :
« Cette année, pour le banquet du Printemps, Loup veut faire un gâteau aux pommes. Oui mais… il ne sait pas cuisiner. Il attrape son petit panier et sort, bien décidé à trouver quelqu’un pour l’aider. Et qui donc Loup va-t-il rencontrer dans la forêt ? Trois petits cochons, le Petit Chaperon rouge, une horrible sorcière… Et bien d’autres encore ! Il faut au moins cela d’aventures pour réaliser le délicieux gâteau de Tatie Rosette ! Bon appétit ! »

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Les royaumes du Nord, Stéphane Melchior-Durand et Clément Oubrerie

Adaptation en bande-dessinée de l’œuvre de Philip Pullman, À la croisée des mondes, tome 1 : « Les royaumes du Nord ». Publié chez Gallimard Jeunesse en 2014.

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L’histoire :
Lyra, petite fille vive et pleine d’imagination, vit à Jordan College avec son ami Roger et son daemon (prononcer « démon ») Pantalaimon. Les événements commencent avec la disparition de Roger : elle décide de le retrouver coûte que coûte, en enfant têtue et aveuglée d’amitié qu’elle est.


Mon avis :
À la croisée des mondes, justement, Lyra tente d’assouvir sa volonté de retrouver son ami ainsi que sa curiosité face aux énigmes du Nord. Qu’est-ce que cette poussière dont tout le monde parle tant ? Dans quel but lui a-t-on transmis l’aléthiomètre, cet objet étrange et complexe qu’elle doit apprendre à déchiffrer par ses propres moyens ? Qui sont les Enfourneurs, qui ont d’ailleurs enlevé Roger ? Tant de questions auxquelles elle tente de trouver des éléments de réponses avec persévérance et courage du haut de ses 12 ans.
C’est donc avec brio que le premier tome de la série de Philip Pullman est adapté : les dessins et les dialogues sont complètement représentatifs de l’histoire (c’est le but me direz-vous, mais dans certains cas, je suis sûre que cela ne fonctionne pas).
On regrette cependant la brièveté de certains moments, coupés à vif par le format « BD ». Et c’est sans doute valable pour tous ceux qui, comme moi, ont lu les romans. On reste sur notre faim, on a envie d’en savoir plus, mais dans le cas d’une adaptation roman->BD n’est-ce pas le but ? Faire partager à différents lectorats une histoire magnifique, tout en donnant l’envie à certains d’en savoir plus et de lire la série de romans ? C’est la première adaptation de ce type que je lis et je ne suis pas déçue. D’autant plus que la série de Philip Pullman est une de mes préférées (dans mon « top trois »), d’où mon manque d’objectivité et, d’ailleurs, mon absence de critique sur le fond de l’histoire.

En bref, que de plaisir de retrouver Lyra et Pantalaimon dans leurs aventures, la poussière et tout le monde merveilleux de À la croisée des mondes.


Quatrième de couverture :
« Élevée par les vieilles barbes du Jordan College à Oxford, la jeune Lyra ne pense qu’à faire les quatre cents coups avec son ami Roger, le garçon des cuisines, et rêve secrètement de suivre son oncle, le ténébreux Lord Asriel, vers les royaumes du Nord. L’aventure la rattrape plus tôt que prévu, alors que Roger disparaît, probablement enlevé par les mystérieux Enfourneurs. »
Fauve d’Angoulême 2015 – Prix Jeunesse

La petite Sorcière – Benjamin Lacombe et Sébastien Perez

La petite Sorcière, Benjamin Lacombe et Sébastien Perez, Paris, Seuil Jeunesse, 2008, 36 p.

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L‘histoire :
Une petite fille, plutôt délaissée par ses parents, se rend chez sa grand-mère pour passer Noël. Elle va découvrir un grimoire poussiéreux qui va changer son existence…


Mon avis :
Une jolie histoire pour toutes les petites filles (et/ou les plus grandes) qui ont déjà rêvé d’être un sorcière ! Plus sérieusement, l’histoire, bien que très classique – on y retrouve des thèmes récurrents (sorcières, grand-mère, chat noir, don exceptionnel, livre poussiéreux) – reste plaisante. Heureusement, les illustrations sont là pour nous donner une ambiance sombre mais douce, propre à, respectivement, un monde de sorcière/magie et à l’enfance. On suit donc volontiers Lisbeth dans sa quête d’identité… Effectivement, ses parents ne s’occupe pas vraiment d’elle, et sa mère est particulièrement exaspérée de sa manie de terminer les phrases avant que l’interlocuteur lui-même ne le fasse. Elle trouvera dans un grimoire, chez sa grand-mère, la réponse à certaines de ses questions, et une famille à laquelle elle n’avait jamais pensé : celle des sorcières.

L’album est techniquement très appréciable, grand, avec une double page d’illustration sur laquelle figure le premier texte, puis à chaque fois, une page de texte (avec de très beaux et fins dessins en bas de page, très esthétiques d’ailleurs) et une page d’illustration. Cela jusqu’à ce que la jeune fille se regarde dans le miroir et se voit…rousse comme l’étaient beaucoup de ses ancêtres. Puis le rythme une page de texte/une page d’illustration reprend son cours.

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Vous pouvez ici admirer une des belles illustrations de Benjamin Lacombe.

Le petit plus, sans doute un petit plaisir que s’est accordé l’illustrateur, une dernière double page reprenant une généalogie de sorcières où l’on retrouve des femmes célèbres. J’ai d’ailleurs appris qu’il y avait Grimoire de Sorcières des mêmes auteurs, je le rajoute dans mes livres à lire, car il est certainement un bon complément à cet album.

En bref, de belles illustrations et une jolie histoire qui font de cet album un de mes préférés. Les dessins imposants de Benjamin Lacombe se marient parfaitement avec ce récit douceâtre; recette souvent garante d’un album réussi.


Quatrième de couverture :
« Alors qu’elle explore le grenier de sa grand-mère, Lisbeth découvre un étrange et poussiéreux grimoire. En tournant les pages, elle apprend que sa douce grand-mère Olga serait une sorcière. Et la petite fille n’est pas au bout de ses surprises. »

L’enlèvement de la bibliothécaire – Margaret Mahy et Quentin Blake

L’enlèvement de la bibliothécaire, Margaret Mahy et Quentin Blake.
Chez Gallimard Jeunesse, coll. Folio Cadet, 2004, 57 p.

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L’histoire :
Mlle Labourdette, bibliothécaire, se fait enlever par des brigands. Ces derniers veulent l’échanger contre une belle rançon. Mais c’est sans compter la rougeole qu’ils vont attraper…heureusement, Mlle Labourdette va les soigner grâce à ses talents de bibliothécaire.


Mon avis :
Un joli « mini-roman » à lire à partir de 7 ans. L’histoire est rigolote, les personnages attachants (comme dans tous les  « premiers » romans pour enfants d’ailleurs) et les illustrations de Quentin Blake sont justes géniales.
La bibliothécaire comme personnage principal de l’histoire permet à l’enfant de connaître une partie du milieu du livre : la bibliothèque, ce qu’on y trouve et donc les personnes qui y travaillent ; et même si c’est stéréotypé, pour une première approche c’est correct. Ce côté éducatif est toujours appréciable d’ailleurs dans ce genre de roman. Encore une fois, les deux figures antithétiques (« méchant » / « gentille ») sont un succès ! Et puis, une histoire d’amour entre un brigand et une bibliothécaire, n’est-ce pas romantique ?

En bref, au top !

« Écrasée par la littérature, pensa-t-elle. La mort rêvée pour une bibliothécaire. » p. 46.

Les désastreuses aventures des orphelins Baudelaire (10)

  • Tome X « La pente glissante », Lemony SnickeDSCN7829t

L’histoire :
Après l’incendie de Cagliari Folies, Olaf démasqua le trio et envoya Prunille dans la voiture avec sa troupe pour laisser Klaus et Violette dans la roulotte de Madame Lulu, attelée au véhicule. Le point positif de l’histoire c’est que tous se rendent aux Monts Mainmorte. Le point négatif c’est qu’Olaf n’a besoin que d’un seul orphelin pour récupérer la fortune Baudelaire : il détache donc la roulotte en marche dans le but de se débarrasser des deux autres membres de la fratrie.


Mon avis :
La séparation des trois orphelins dès le début du tome donne le ton. Effectivement, ils ont été séparés quelques fois, soit par la force des choses (=Olaf) ou par choix et donc très brièvement (explorer une cage d’ascenseur par exemple) ; mais là ils se quittent pour de bon. Prunille reste dans la voiture avec Olaf et ses sbires, et les deux aînés se retrouvent livrés à eux-même dans les Monts Mainmorte.

Ce qui fût très intéressant c’est la diversité et l’enchaînement des péripéties dans ce tome, mais aussi le retour de certains personnages, dont Carmelita Spats la pire petite peste que je connaisse. Je la trouvais plutôt inutile dans le tome V mais là, elle devient intéressante : que fait-elle avec une troupe de Scouts des Neiges ? Finalement, cette horrible gamine (et son groupe) se fait recruter par Olaf pour mener à bien son plan machiavélique de détruire tout ce qui reste des V.D.C. Le clou du spectacle, enfin du roman : Carmelita est en fait « la fille qu’Olaf et Esmé n’ont jamais eu » selon cette dernière ; même si, entre nous, Olaf reste imperméable au charme détestable de cette petite peste capricieuse. Esmé quant à elle est fan de l’enfant : orgueilleuse, colérique, se prenant pour une princesse, etc. et bien c’est Esmé tout craché, Esmé version miniature. Pas besoin de liens de sang pour ces deux-là.
Si l’on retrace le scenario du tome, grossièrement, pendant que Prunille se retrouve -encore une fois- en esclave, son frère et sa sœur se retrouvent dans une grotte avec des Scouts des Neiges qui viennent célébrer le Printemps de Fous. Ils y font la rencontre d’une personne et s’enfuient avec celle-ci pour aller sauver Prunille, en même temps ils apprennent encore de nouvelles choses sur V.D.C. Puis ils se retrouvent à descendre une pente (glissante ? ; ) en risquant, encore une fois, de mourir. Beaucoup de péripéties donc, le lecteur est quand même bien tenu en haleine.

Il est nécessaire de dire un petit mot sur Prunille. Elle devient un réel personnage, et n’est plus le simple bébé qui parle une langue que seuls ses aînés comprennent. Nous avons un retour de ses pensées, de ses ressentis, surtout par la traduction du narrateur des propos qu’elle lance à ses ravisseurs, mais aussi par ses actions qui ont plus d’effet dans l’histoire (sa cuisine, le fait qu’elle récolte des informations en écoutant Olaf à son insu, etc.). Ces petits éléments permettent de construire un personnage, et Prunille en devient un, je dirais même qu’elle gagne sa place dans les personnages principaux avec Klaus et Violette.

En bref, j’ai rapidement lu ce tome aux vues des nombreux événements qui s’enchaînent et des personnages qui s’affinent, ce qui nous donne encore plus le goût de la série, même si j’avoue avoir trouvé certaines explications de V.D.C. un peu confuses.


Quatrième de couverture :
« Cher lecteur,
Hormis les patinoires et les pistes de ski, les choses glissantes sont rarement très plaisantes – anguilles ou escaliers cirés ou certaines mains que la politesse oblige à serrer. Hélas pour eux, dans le présent volume, les enfants Baudelaire se retrouvent en terrain très glissant, expression signifiant ici qu’ils vont risquer le dérapage, expression signifiant ici qu’ils vont s’aventurer sur une pente savonneuse, expression signifiant ici qu’ils vont être affreusement tentés de jouer avec le feu. Mais d’autres horreurs que la sortie de piste guettent le trio dans cet épisode : moucherons féroces et cavernes malfamées, sinistres visiteurs et messages sibyllins, aubergine géante et piège perfide, sans parler d’une vraie débâcle, ni de l’apparition d’un revenant qui n’est même pas un fantôme. De mon côté, j’ai tout sacrifié pour enquêter sur les désastres en cascade qui sont le lot de ces orphelins. Mais rien ne t’oblige, ô lecteur, à me suivre sur cette pente, et tu serais bien avisé de laisser ce livre navrant te glisser des mains séance tenante.
Avec mes sentiments respectueux,
Lemony Snicket. »

Dans la tête de Monsieur Caboche / Masse critique Babelio #1

Dans la tête de Monsieur Caboche, Maureen Dor et Pascal Lemaître

Les éditions Clochette, 2014, 23 p.

DSCN7786Tout d’abord, merci aux éditions Clochette pour l’exemplaire et à Maureen Dor pour le petit mot qui fait toujours plaisir. Et merci à Babelio d’organiser le tout : cela nous permet de découvrir de nombreux ouvrages (en main propres qui plus est).

L’histoire est celle de Monsieur Caboche, qui a oublié sa tête des mauvais jours sur un banc. Il se retrouve avec sa tête des bons jours pour toujours et cela le contrarie : on ne peut pas mêler pied gauche et tête des bons jours, « Non, la nature est bien faite; si on a deux têtes, ce n’est pas pour rien. » (p. 10)

Je dois dire qu’après une première lecture je me suis sentie sceptique. Sceptique non pas face à la qualité de l’ouvrage en lui-même, mais plutôt sur ce que l’on peut en tirer. Autrement dit, j’ai eu de la difficulté à mettre les mots sur ce que je venais de lire : aucun problème pour l’histoire mais plutôt pour ce qu’il en ressort. Je pense en fait que les jeux de mots sont trop nombreux et portent à confusion, mais étrangement je pense que c’est aussi ce qui fait le charme de cet album : les illustrations sont là comme pour, en quelques sortes, « soulager » notre « prise de tête » face à la compréhension des multiples jeux de mots (et c’est peut être cela le rôle de l’illustration). Par exemple, lorsque l’auteur nous raconte que Monsieur Caboche va donc trop user sa bonne tête, et même trop la nourrir, « il aurait très vite la grosse tête ! » : au-dessus de cette phrase est illustré le personnage principal s’empiffrant de gâteaux  et attrapant…la grosse tête. Ce qui rend directement accessible cet album aux enfants sur ce point. Je mets quand même un petit bémol à cette dernière phrase en ajoutant que cet album peut sans aucun doute permettre plus jeunes (enfin, 4 ans cela me paraît peut être un peu tôt ?) d’apprendre quelques expressions – comme celle citée plus haut – et bien d’autres mais qu’il reste, à mon sens, assez difficile à comprendre.
Cependant, la trame de l’histoire, les péripéties (plus précisément celles de Monsieur Caboche), le dénouement ainsi les illustrations amusantes font de cet album un ouvrage plaisant à lire, malgré tout ce « brouillard » d’expressions autour de « la tête ».

D’un côté, j’ai l’impression que cette confusion est voulue, notamment à cause des petits mots « prise de tête » sur la couverture de l’album, à la place de la tête de Monsieur Caboche. Une possible volonté de l’auteur de nous montrer que cela ne sert à rien de se prendre la tête, mieux vaut agir comme Monsieur Caboche et la changer pour une autre ? (Cf. la fin : « Si vous aussi, vous avez régulièrement la tête pleine comme un œuf, avec l’envie de vous l’arracher, prenez-là gentiment et déposez-là dans un endroit que vous n’oublierez pas. Ce n’est jamais bon de perdre la tête. » (p. 22)
C’est précisément là que réside mon sentiment d’ambivalence face à cet album : d’un côté, la confusion règne, une vraie prise de tête, et de l’autre tout semble joliment manigancé par l’auteur.

En bref, un joli album aux couleurs pastels et aux illustrations rigolotes, léger tout autant que prise de tête. Une histoire originale, bien qu’un peu indigeste aux premiers abords (aucunement dans son sens péjoratif). En fait, il faut s’approprier l’histoire et la relire pour outrepasser ce côté qui peut paraître confus et porter à confusion.


Quatrième de couverture :
« Un jour, Monsieur Caboche perdit la tête.
Il l’avait oubliée sur un banc et quand il était revenu,
il ne l’avait pas retrouvée.
Quelqu’un lui avait lâchement pris la tête. »


Quelques extraits :

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Les désastreuses aventures des orphelins Baudelaire (9)

  • Tome IX : « La fête féroce », Lemony SnicketDSCN7675

L’histoire :
Les orphelins se sont enfui de la clinique en feu en se cachant dans le coffre de la voiture du comte Olaf et de ses sbires, au milieu des déguisements de ces derniers. Ils se retrouvent à Caligari Folies, un vieux parc d’attraction où il ne reste plus grand chose, sauf l’attraction liée à la galerie des monstres. (Cela m’a d’ailleurs fait penser à la saison quatre de la série HBO American Horror Story).
Les trois enfants se voient donc obligés de se déguiser en monstre pour sortir de leur cachette, et par la suite, se faire embaucher par Madame Lulu voyante aux talents douteux, qui est un peu la figure matriarcale du parc décrépit.

Mon avis :
Le contexte du tome est intéressant, et questionne la différence. Les orphelins rencontrent ces « monstres » qui ne correspondent pas à la définition de norme communément admise, ce qui leur vaut donc ce statut de « monstre ». Outre cela, nos trois enfants se font une alliée, Madame Lulu, mais comme de coutume la fortune n’est jamais avec eux…c’est en fouillant dans la roulotte de cette dernière qu’ils en apprennent un peu plus sur V.D.C., si peu qu’il jugent bon de se rendre à Olaf pour partir avec sa troupe et lui-même aux Monts Mainmorte, présumé lieu où serait le Q.G. de l’affaire V.D.C. : c’est d’ailleurs ici un bon point que de se recentrer sur le mystère, même si j’ai parfois eu l’impression que toute cette intrigue était grotesque et confuse. Confuse, dans le sens où l’on nous fait part de plusieurs éléments, éparses et variés, étant parfois vrais parfois faux. Souvent, la principale intrigue de la saga me semble obscure car j’ai du mal à me rappeler de tous ces éléments, qui sont, rappelons-le aussi confus chez les Baudelaire. Je ne sais pas si cela a été le ressenti d’autres lecteurs.

Cependant, je suis très fan du ton sarcastique de l’auteur, envers certains personnages comme Esmé d’Eschemizerre, qui est l’une de ses cibles favorites :
« Sa robe blanche était si longue qu’elle s’étalait à ses pieds à la façon d’une flaque de lait. Sur sa poitrine scintillait l’inscription « J’aime les monstres », à ce détail près que le mot aime était remplacé par un gros cœur rouge, symbole parfois utilisé par ceux qui confondent les dessins et l’alphabet. » Ces petites remarques sont délicieuses  tout autant que la description.

Aussi, on gravit encore un échelon dans l’atrocité avec ce tome, à chaque lecture on se dit que le comte Olaf est réellement un personnage cruel, que son essence même est dépourvue de toute humanité, et à chaque lecture on se rend compte qu’il est toujours plus barbare. Au final, le monstre c’est lui.

En bref, toujours autant de plaisir à lire la série, mais j’avoue que ce tome n’était pas le meilleur, malgré toutes les révélations qu’il comprend. Il m’a paru au final un peu fade, malgré cette ambiance de fête foraine, censée être haute en couleurs et en bruits. Sans doute ai-je ce ressenti car j’écris cet article après avoir terminé le tome X que j’ai dévoré…


Quatrième de couverture :
« Cher lecteur,
Je donnerais cher pour te recommander ce livre, mais l’honnêteté me l’interdit. L’épisode qu’il relate est non seulement féroce mais encore filandreux, cartilagineux et truffé de petits os. S’il t’est déjà arrivé de mastiquer une bouchée de viande encore et encore et encore sans parvenir à l’avaler, tu comprendras aisément ce que tu risques.
De peur de te mettre l’estomac à l’envers, mieux vaut donc t’abstenir d’une lecture bourrée d’ingrédients indigestes, du style œil de verre, boule de cristal (en verre), voyante aux vues troublantes, grand huit aux wagonnets rouillés, planche de bois instable, fausse barbe qui gratte, foule en délire et lions à jeun.
Hélas pour moi, j’ai voué ma vie à mon enquête sur les heurs et malheurs des orphelins Baudelaire – plus de malheurs que d’heurs, par malheur. Par bonheur pour toi, rien ne t’oblige à me suivre dans cette voie austère. Et, pour t’éviter de ruminer, je ne saurais trop te recommander de lire plutôt des histoires de gentils herbivores.
Avec mes sentiments respectueux,
Lemony Snicket »


PS: J’ai décidé de changer la disposition de mes trois catégories « quatrième de couverture », « l’histoire » et « mon avis ». Je trouve que « la quatrième de couverture » est la moins intéressante et la plus impersonnelle. Quand on vient lire un avis d’ouvrage sur un blog c’est que l’on connaît au minimum le résumé de l’éditeur – ou qu’on l’a déjà lu. Le but, c’est surtout de trouver une position sur l’ouvrage, et par-là pouvoir échanger sur des points de vues, différents ou convergents.
PPS: Je vous avoue aussi que j’ai encore envie de changer ce blog. Sa disposition, l’écriture trop grosse, les couleurs, rien ne me satisfait. Petite refonte à méditer…